"L’ANGE DE LA VENGEANCE" (MS. 45/ANGEL OF VENGEANCE) d'Abel Ferrara.
Projection Lune Noire au Cinéma Utopia à Bordeaux du film "L’ANGE DE LA VENGEANCE" (MS. 45/ANGEL OF VENGEANCE) d'Abel Ferrara.
DIMANCHE 18 SEPTEMBRE 2022 — 20H15 — CINÉMA UTOPIA

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7 euros ou ticket d’abonnement Utopia

L’ANGE DE LA VENGEANCE

Ms.45 / Angel of Vengeance
Abel Ferrara
États-Unis / 1981 / couleur / 1h20 / VOSTFR

Scénario de Nicholas St. John
Musique de Joe Delia
Avec Zoë Tamerlis (Zoë Lund), Albert Sinkys, Darlene Suto, Steve Singer, Jack Thibeau, Peter Yellen…

Interdit aux moins de 12 ans

New-York, 1981. Couturière pour un créateur de prêt-à-porter, Thana, une jeune femme fragile et muette va apprendre de la manière la plus brutale qui soit la loi de la jungle urbaine en se faisant violer deux fois, coup sur coup, la même journée. Après avoir tué son second agresseur, elle décide de se débarrasser du corps et de récupérer son arme, un calibre 45, pour nettoyer les rues de la ville de sa « masculinité toxique ». Mais à mesure que ses victimes s’accumulent, Thana sombre dans la folie…

Second film « officiel » d’Abel Ferrara après un premier essai pornographique officieux et le manifeste punk et gore multi-censuré DRILLER KILLER, L’ANGE DE LA VENGEANCE s’inscrit encore franchement dans le cinéma d’exploitation des années 70 en opérant le mariage de deux sous-genres en vogue à l’époque : le « Rape & Revenge » et le « Vigilante ».
Le programme du « Rape and Revenge » est tout entier présent dans son appellation : une femme se fait violer dans la première partie du film, et se venge de ses agresseurs dans la seconde. Celui du « Vigilante » nous expose la justice individuelle menée par un homme victime d’une délinquance hors de contrôle, faute d’une justice officielle à la hauteur (pour différents motifs : laxisme idéologique, manque de moyens, corruption, etc.). À la fondation du récit de L’ANGE DE LA VENGEANCE, il n’est donc pas étonnant d’y trouver deux mètres étalons de ces sous-genres : CRIME À FROID du danois Bo Vibenius et UN JUSTICIER DANS LA VILLE de Michael Winner. Des films conspués en leur temps (pour sexisme pour le premier et fascisme pour le second) et dont l’analyse aujourd’hui, une fois les esprits refroidis, nous renvoie une image extrêmement différente, pour ne pas dire opposée. Adoubé par Quentin Tarantino qui a repris le design iconique de son héroïne borgne pour le personnage de Darryl Hannah dans KILL BILL, CRIME À FROID et le Rape and Revenge en général sont lus désormais comme des récits féministes. Et UN JUSTICIER DANS LA VILLE semble plutôt actualiser les thématiques du Western (l’espace, la frontière, la violence) en milieu urbain pour nous plonger d’une manière ambivalente dans la psyché de plus en plus paranoïaque de son protagoniste, sorte de cow-boy justicier en plein pétage de plomb, plus prompt à dézinguer quiconque s’éloignerait de la loi que de vraiment chercher à réparer les torts subis.

Épaulé par Nicholas St. John, le scénariste de sa première partie de carrière qui se livre ici à un excellent travail de synthèse, Ferrara s’attache à dépasser le carcan de codes potentiellement réducteurs en s’intéressant principalement à la lente descente aux enfers psychique de son héroïne (formidable Zoë Lund, icône flamboyante et autodestructrice du New-York no-wave, polytoxicomane par choix, décédée prématurément d’une overdose après avoir scénarisé BAD LIEUTENANT de Ferrara) ajoutant une subtilité et une ambiguïté bienvenues à cette œuvre d’un féminisme a priori ultra-radical découlant directement du SCUM MANIFESTO de Valérie Solanas pour qui « un bon homme est un homme mort » (ou du moins émasculé).

Tourné avec talent pour un budget de court-métrage, considéré par certains comme le meilleur film d’Abel Ferrara et comme le parangon du cinéma d’exploitation des années 80, L’ANGE DE LA VENGEANCE n’a rien perdu de sa force de frappe et se révèle, quarante ans après sa sortie, d’une brûlante actualité.

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