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DIMANCHE 20 NOVEMBRE 2022 — 20H15 — CINÉMA UTOPIA

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7 euros ou ticket d’abonnement Utopia

RE-ANIMATOR

Stuart Gordon
États-Unis / 1985 / couleur / 1h45 / VOSTFR

Scénario de Dennis Paoli, William Norris et Stuart Gordon
d’après la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft, « Herbert West, réanimateur ».
Musique de Richard Band
Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale.

Interdit aux moins de 13 ans lors de sa sortie en salles.
Version intégrale.

Grand prix au Festival de Sitges 1986
Prix spécial au Festival fantastique d’Avoriaz 1986

Brillant étudiant en médecine, promis à une grande carrière, Dan Cain sort en secret avec Megan, la fille du très conservateur doyen de sa faculté. Pauvre, il n’a d’autre choix que de sous-louer une chambre de sa maison à Herbert West, un étudiant ombrageux en conflit direct avec le docteur Hill, leur plus éminent professeur qui mène des recherches sur les capacités post-mortem du cerveau. Mais si Herbert est si sûr de pouvoir l’affronter, c’est parce qu’il a découvert un sérum capable de ramener les morts à la vie…

Véritable « classique » du cinéma Bis, RE-ANIMATOR est à la fois typique de son époque et totalement unique. Typique car la décennie 80 a à de maintes reprises opéré le croisement de la comédie et de l’horreur à travers des films préfigurant la vague ironique et « méta » de la décennie suivante. Unique car aucun n’avait plongé avec autant de délectation et de joie dans la folie gore et le mauvais goût trash, à base de zombies furieux, de trépanations sauvages… et de cadavres décapités mais toujours libidineux (on laisse la surprise à ceux qui ne l’ont pas vu). Bref, un spectacle de pure exploitation directement hérité du théâtre du Grand-Guignol dans lequel Eros et Thanatos copulent joyeusement pour, au choix, faire hurler de rire le spectateur ou l’envoyer promptement vomir aux toilettes. Il reste aussi, aujourd’hui encore, un des rares exemples de mariage réussi entre ces deux genres, humour et gore se renforçant l’un l’autre au lieu de s’annuler mutuellement comme ce fut trop souvent le cas.
Très librement adapté d’une nouvelle de Lovecraft, le film capitalise surtout sur son nom prestigieux pour tisser une trame de soap opéra hospitalier aux ficelles aussi énormes qu’efficaces, un peu comme si URGENCES ou LA CLINIQUE DE LA FORET NOIRE se mettaient soudain à dérailler pour se vautrer dans le sang et le stupre. N’ayant peur de rien, sauf peut-être de ne pas choquer assez, Stuart Gordon pousse le récit et ses représentations horriblement drôles dans leurs derniers retranchements pour faire sauter nos tabous les uns après les autres. Au point que, derrière la gaudriole macabre se terre une œuvre profondément dérangeante confrontant frontalement chaque spectateur au rapport qu’il entretient à la mort, cette donnée fondamentale que l’individu préfère souvent ignorer et refouler. On sait que les étudiants en médecine et de nombreux chirurgiens entretiennent un rapport distancié à la faucheuse, que leur humour généralement graveleux est lié à cette nécessité d’opposer une pulsion vitale au tragique. Eh bien, RE-ANIMATOR, c’est un peu ça : nous forcer à voir tout ce que l’on préfèrerait refouler, dans toute son obscénité, et en rire. Bref, c’est provoquant, dérangeant, outrageant… mais terriblement salvateur !
Si les années 80 ont été riches en films d’horreur provocateurs (STREET TRASH, BRAIN DAMAGE…), RE-ANIMATOR a marqué pour beaucoup une sorte de point-limite : que faire de plus après ça ? Certains ont depuis tenté de répondre à la question (on pense à Eli Roth en premier lieu) mais, quarante ans après sa sortie, le film continue d’éclairer les ténèbres de nos peurs, tel le sérum fluorescent d’Herbert West, savant génial et fou… à l’image du film.

Lire la vidéo sur Projection Lune Noire au Cinéma Utopia à Bordeaux du film "RE-ANIMATOR" de Stuart Gordon.