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Typo The Machinist
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DIMANCHE 5 MAI 2024 — 20H15 — CINÉMA UTOPIA

5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 8 euros ou ticket d’abonnement Utopia

THE MACHINIST

BRAD ANDERSON
USA-Espagne / 2004 / couleur / 1h42 / VOSTFR

Scénario de Scott Kosar
Musique de Roque Baños

Avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sánchez-Gijón, John Sharian, Michael Ironside…

— Trevor Reznik est ouvrier sur la chaine d’une usine métallurgique quelque part en Amérique. Sa vie n’est que travail routinier et répétitif, sa vie sociale se limitant à un rapport régulier avec une prostituée qui est aussi sa confidente, et à la relation qu’il noue avec la serveuse du bar de l’aéroport, où passé minuit, chaque soir, il va boire un café. Car Trevor est insomniaque. Il n’a pas dormi depuis un an, dit-il, et a perdu l’appétit. Sa silhouette est squelettique. Un jour, un nouveau soudeur arrive dans l’atelier. Les deux hommes engagent la conversation lors d’une pause. Mais il s’avère que seul Trevor perçoit sa présence, et après un accident grave au sein de l’atelier et alors que divers indices étranges jaillissent dans son environnement quotidien, sa raison commence à vaciller.

On aime bien fêter les anniversaires chez Lune Noire, façon de célébrer des films et des auteurs qui ont laissé une trace durable dans nos souvenirs cinéphiles. THE MACHINIST, sorti il y a tout juste 20 ans, fait parti de cette top-liste. Car cette plongée d’une noirceur d’encre dans les tréfonds d’une âme est vouée à devenir un incontournable thriller moderne, et un classique tout court. D’abord par la performance impressionnante de Christian Bale, ex-Bateman (AMERICAN PSYCHO) et futur Batman dans la trilogie de Christopher Nolan. Adoptant un régime drastique, l’acteur a perdu 28 kg en trois mois pour ne plus en peser que 55, afin de tenir le rôle de l’ouvrier famélique à l’allure de plus en plus fantomatique. Un cas unique dans l’histoire du cinéma. L’aspect physique de l’acteur, application radicale de « la méthode » de l’Actors Studio, aurait pu passer pour un gimmick promotionnel sensationnel s’il ne nourrissait pleinement le caractère sombre, désespéré, du personnage de Trevor Reznik – incarnation littérale de l’absence à soi-même. Il y a aussi son « double », physiquement opposé en tout point : Ivan le soudeur, sorte de géant vert en cuir noir mâtiné de Marlon Brando, interprété par un John Sharian affublé de monstrueux signes particuliers. Double, au sens Dostoïevskien, évoqué par la présence fugace à l’écran d’un exemplaire de « L’idiot ». Un personnage dont la réalité n’est jamais attestée, mais qui est bien là, devant nous, devant Trevor, et qui semble amorcer chacune des situations qui vont l’entrainer dans un délire complotiste.

Le machiniste se ressent comme victime d’une machination, rouage au centre d’une vaste mécanique parfaitement huilée où chacun, jusqu’à la plus proche et bienveillante de ses relations, est complice. Cette psychose, qui s’accompagne d’une obsession maniaque de la propreté – eau de javel en guise de savon – est accentuée autant par la musique de Roque Baños en de subtiles citations de Bernard Hermann, le compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, que par la distorsion du réel par le grand angle, une lumière blafarde et une attention hallucinée pour le détail.

L’atmosphère de folie paranoïaque qui imprègne progressivement le récit est un des traits hitchcockiens où excelle le scénario de Scott Kosar, nous entrainant de façon vertigineuse dans les méandres d’une mémoire refoulée, masquée jusqu’alors par les apparences d’un monde imaginaire et totalement fantasmé.
Le retour au réel n’en est que plus glaçant.

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