The.legend.of.hell.house
Lune Noire - La Maison des Damnés - The Legend of Hell House
VENDREDI 31 janvier 2025 — 20H30
— CHÂTEAU PALLETTES

17 RUE Élie Gintrac, Bordeaux
Tarif : 5 euros / 3 euros pour les adhérent-e-s Monoquini

Nombre limité de place. Les retardataires ne seront pas acceptés après le début de la séance !

LA MAISON DES DAMNÉS

THE LEGEND OF HELL HOUSE
John Hough
GB / 1973 / couleur / 1h34 / VOSTFR

Scénario : Richard Matheson, d’après son livre Hell House.
Musique : Brian Hogdson et Delia Derbyshire.

Avec Pamela Franklin, Roddy McDowall, Clive Revill, Gayle Hunnicutt, Michael Gough.    

— Une équipe, composée d’un physicien, de son épouse et de deux médiums, est envoyée en mission par un riche commanditaire dans un manoir réputé hanté, connu sous le nom de la « maison de l’enfer », pour apporter la preuve de – ou réfuter – l’existence d’une vie après la mort. Ils ont une semaine, dans l’isolement complet, pour tenter de résoudre le mystère. Les chercheurs qui les ont précédés dans cette demeure ont été tués ou sont devenus fous…

— Lune Noire est de retour et fait peau neuve en vous donnant désormais rendez-vous au Château Pallettes, haut-lieu magique de la bohème artistique bordelaise et cadre de projection pittoresque. Nous continuerons à chaque nouvelle lune à y célébrer les arcanes d’un cinéma de l’irréel, de l’étrange et des profondeurs.

Pour cette reprise, nous tirons le fil cinéphile d’un écrivain reconnu, dans la perspective d’une prochaine publication chez Monoquini d’un ensemble d’articles motivés par l’essai White publié en 2019. Vous aurez reconnu Bret Easton Ellis, dont le goût pour un certain cinéma de genre, et particulièrement horrifique, transparait dans les écrits, au-delà du célébrissime American Psycho qui a lui-même fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Dans White (traduit par Pierre Guglielmina, Pavillons, Ed. Robert Lafont), Ellis évoque son initiation à la littérature et au cinéma d’horreur, la découverte des films pour adultes à un âge précoce et la fréquentation des salles du quartier de Westwood à Los Angeles au cours de son adolescence. La publication à venir s’intéressera à ce répertoire de films cités par l’écrivain et à l’expérience particulière éprouvée au cours des années 70 et 80 dans ces salles de cinéma de Westwood, palais art déco pour la plupart disparus aujourd’hui.

Ainsi, Ellis évoque dans ses mémoires « Pamela Franklin sexuellement outragée et tuée par les esprits dans La maison des damnés », titre français de The Legend of Hell House, film britannique réalisé en 1973 par John Hough, qui avait auparavant signé Twins of Evil (Les sévices de Dracula), un film de vampires pour la firme Hammer. Il est dommage, mais cela est une des marques de fabrique de l’écrivain, que Ellis expédie en une phrase nonchalante et approximative un film doté de nombreuses qualités.

Adapté par Richard Matheson d’après son roman Hell House (traduit en français sous ce même titre de La maison des damnés), le film annonce au générique une musique et des effets sonores réalisés au studio Electrophon par Brian Hogdson avec Delia Derbyshire, importants collaborateurs du premier disque de White Noise, An Electric Storm (1969) dont on retrouve quelques échos discrets à l’écran. C’est le premier indice que nous sommes en présence d’un film qui bénéficie d’une direction artistique originale et exigente.

L’actrice Pamela Franklin a débuté à l’âge de 11 ans au côté de Deborah Kerr dans Les Innocents (adaptation du Tour d’écrou de Henry James) et on la retrouve en 1965 dans The Nanny, de Seth Holt, une production Hammer avec Bette Davis dans le rôle titre, puis en 1967 dans Chaque soir à neuf heures (Our Mother’s House) que Lune Noire a programmé en octobre 2022. Dans les deux rôles qu’elle a interprété pour Jack Clayton, la petite fille puis l’adolescente sont confrontées au monde des esprits et des fantômes issus de l’imagination, quand il ne s’agit pas de pures mystifications enfantines. Pamela Franklin a ainsi mené un début de carrière plutôt cohérent dans le monde des ténèbres et ce climat gothique ne semble pas l’avoir affectée outre mesure dans la vie réelle.

Ici elle incarne une jeune femme, « presque encore une enfant », médium réputée qui rejoint un physicien et son épouse et un autre médium amenés à séjourner dans une demeure hantée à la sinistre réputation, afin d’apporter à un riche commanditaire la preuve qu’il existe une vie après la mort. L’autre médium (interprété par Roddy McDowall, l’archéologue chimpanzé Cornelius de La Planète des Singes) est le seul survivant d’une expédition menée par des chercheurs dans la même maison vingt ans auparavant, en 1953. Emeric Belasco, le propriétaire historique de cette demeure maudite construite en 1919, est le fils illégitime d’un industriel américain de l’armement. Il aurait fait de son château un lieu de débauche digne des pages les plus colorées du Marquis de Sade. L’ombre du mage Aleister Crowley vient compléter le tableau.

Lune Noire - La Maison des Damnés - The Legend of Hell House

The Legend of Hell House est très similaire par son sujet à un autre film de « maison vivante », The Haunting (Robert Wise, 1963), paresseusement traduit en France par La maison du diable. Dans les deux films, il n’est pas du tout question de présence diabolique mais de hantise. Quand les esprits frappent, ou bien souvent sont frappés, c’est que la maison aux âmes perdues, errantes, bien plus qu’une « maison » d’ailleurs, un manoir richement meublé aux inquiétantes tours et au plan labyrinthique ou alors un château de style néo-gothique symbolisant une fortune bien mal acquise (ombre du féodalisme ou de la puissance coloniale fin de siècle jamais citée dans ces films) devient le support des tourments, de la névrose et du refoulement, sur fond de puritanisme et où des rumeurs étouffées sont l’écho lugubre d’abus infligés à des enfants.

Dans la Hill House de The Haunting (une autre maison de l’enfer, à une voyelle près), l’ascension d’un escalier en spirale est le chemin le plus direct vers l’inconscient le plus profond. Le fracas de la demeure qui se révolte contre la présence humaine – qui n’est peut-être qu’une tempête sous un crâne – est restituée par un stupéfiant collage bruitiste de Desmond Briscoe, pionnier de la musique électroacoustique au sein des studios radiophoniques de la BBC, non crédité au générique. On voit là qu’il y a une intention partagée d’un film à l’autre de créer un monde sonore sensé restituer le souffle supposé d’une maison traversée de courants d’air glacial, prompts à claquer les portes et déclencher une tempête d’objets. La maison des damnés est d’abord un pur film d’atmosphère. À l’instar de The Haunting, la terreur est avant tout intérieure. Jusqu’au moment où la menace d’une présence invisible et hostile se manifeste au grand dam des vivants.

— Bertrand Grimault