SAMEDI 23 AOÛT 2025 — 20H30
— MINIKINO
72 BIS RUE DES MENUTS – Bordeaux
ALBERTO CAVALLONE
ITALIE / 1978 / COULEUR / 1h21 / VOSTFR
Scénario : Alberto Cavallone
Musique : Jacques Offenbach, Scott Joplin, Johann Sebastian Bach
Avec Danielle Dugas, Claude Maran, Leda Simonetti, Dirce Funari, Joseph Dickson.
INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS
— Échappant à un viol dans une forêt isolée, une jeune femme est recueillie par un automobiliste. Elle l’accompagne chez lui où elle ne tarde pas à découvrir que des choses étranges s’y déroulent. L’homme est un ancien photographe de guerre, traumatisé par son expérience de terrain, qui s’est réfugié dans un monde d’objets et de fétiches. Il emploie des modèles féminins avec qui il entretient des relations ouvertement sadomasochistes. Mais qui est vraiment la victime dans ce jeu pervers ? Un climat de folie trouble constamment les rapports ambigus entre chacun des individus, dissipant la frontière entre fantasme et réalité.
Le milanais Alberto Cavallone (1938-1997) est un franc-tireur du cinéma italien, une figure assumée d’anarchiste. Tout en ayant recourt aux ficelles du cinéma Bis des années 70, avec son exploitation du sexe et de la violence, il a réalisé une série de films fauchés et maladroits où s’exprime néanmoins une dimension critique très singulière et inhabituelle pour le genre. Sa culture personnelle et sa prédilection pour le surréalisme transparaissent dans ce qu’on pourrait qualifier de cinema povera à forte connotation symbolique. Son film le plus « connu », SPELL (L’Uomo, la Donna e la Bestia, 1977), amorce ce scandaleux BLUE MOVIE qui semble ne vouloir reculer devant aucune abjection pour dénoncer et moquer le système des objets et la société de consommation qui, dans des rituels coprophiles, incarnent véritablement un monde de merde.
En fait, Cavallone radicalise l’approche, d’un côté, d’un Claude Chabrol et ses scènes d’intérieur bourgeois, théâtre de corruptions inavouables, de l’autre, d’un Luis Buñuel versant dans l’onirisme et l’absurde. On peut le rapprocher du baroque chaotique de Carmelo Bene et du scandaleux SALO de Pasolini. Ajoutons à cet improbable et explosif cocktail un zeste acide de Joe D’Amato et une tranche saignante de Lucio Fulci, et on obtient une œuvre particulièrement étrange, dérangeante et inclassable. Il y a dans son cinéma la volonté de bousculer les conventions, au grand dam du spectateur. Le paradoxe de certains de ses films, en premier lieu BLUE MOVIE malgré son titre racoleur (un « film bleu » est un film pornographique), est qu’ils ne sont pas faits pour le plaisir, mais ont pour vocation de nous emmener dans un labyrinthe de sensations contradictoires, entre fascination et dégoût.
L’intention de Cavallone est ouvertement provocatrice : les déjections corporelles remplissent des canettes de Coca Cola et des paquets de Marlboro, les modèles posant pour les photos sont réduites à des animaux domestiques ou, pire, à des pourceaux fouillant dans leurs propres excréments, qu’on récompense en leur jetant une vile nourriture – paquets de chips, saucisses sous vide, etc. Cavallone se saisit de l’esthétique du pop art et l’écrase littéralement, comme le fait le protagoniste du film, incarné par Claude Maran, avec des canettes de soda pour ses compositions photographiques.
BLUE MOVIE est un geste de protestation, une œuvre qui s’insurge contre la société de consommation où tout se vaut dans l’indifférence, une forme de pornographie spectaculaire où le sexe, la violence, la guerre se mêlent dans un infâme brouet.
Tourné en huit jours dans la villa du producteur Martial Boschero, BLUE MOVIE est une œuvre à la fois bancale et fascinante dans son inachèvement, un des films les plus obscurs et dérangeants du cinéma Bis italien des années 70. Pour public très averti donc.