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Dimanche 7 octobre - 20h45


Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7 euros ou ticket d'abonnement Utopia

EX-DRUMMER


Un film de Koen Mortier

Belgique, 2007, couleur, 1h44, VOSTF
Avec Dries Van Hegen, Norman Baert, Gunter Lamoot, Sam Louwyck, Tristan Versteven…

Scénario de Koen Mortier, d'après le roman de Herman Brusselmans.
Musique : Arno, Flip Kowlier, Millionaire, Guy Van Nueten.

Film déconseillé aux moins de 16 ans et aux âmes sensibles.
Projection 35mm

Dries, écrivain à succès Flamand, est approché par un groupe de trois losers afin qu’il devienne le batteur du groupe de punk qu’ils ont décidé de former. Seule condition : il doit tout comme eux souffrir d’un handicap. Ne sachant pas jouer de batterie, ce dernier est tout trouvé. Intrigué par ces trois rebuts sociaux, Dries accepte, sans doute pour s’aérer de la crise d’inspiration qu’il traverse. En vérité, il se met à les manipuler pour trouver dans le chaos qu’il déploie de plus en plus dangereusement la source de son prochain roman…

La saleté et la fureur. Cette antienne du Punk s’applique parfaitement à EX-DRUMMER, brûlot offensif et offensant réalisé par Koen Mortier, transfuge de la pub devenu enfant terrible du cinéma Belge. A l’image du Danny Boyle de TRAINSPOTTING, dont EX-DRUMMER peut être vu comme la version Flamande et Trash (c’est dire…), voire du Gaspar Noé de SEUL CONTRE TOUS, Mortier mélange allègrement cinéma social et fulgurances visuelles, transcendant la crasse filmée par une stylisation de chaque plan. Loin d’être purement gratuite, sa mise-en-scène baroque renforce la radicalité jusqu’au-boutiste de son récit, véritable plongée en enfer nihiliste dans la misère la plus crue.
Réflexion sur la création vue comme un exercice de manipulation et d’annihilation de l’Autre, EX-DRUMMER joue en creux avec la place que le batteur occupe dans le groupe : invisible du public, planqué derrière ses futs et ses cymbales, le batteur est pourtant celui qui « dirige » le reste du groupe, celui sur lequel tout repose. Les autres musiciens n’ont pas d’autre choix que de le suivre. En ce sens, le batteur est un tyran anonyme. Une belle métaphore pour Dries, cet écrivain cynique qui, conscient de sa supériorité intellectuelle sur la bêtise infinie de ses acolytes Mongoloïds, va s’employer à les déglinguer un à un en s’appuyant sur leurs travers et leurs malheurs personnels… De fait, Mortier ne nous épargne rien : ultraviolence, drogue, infanticide, viol, homophobie, racisme, dégénérescence physique et mentale… EX-DRUMMER est un catalogue de tout ce que la misère humaine peut engendrer comme conséquences antisociales, et un catalogue filmé sans excuse aucune, loin, très loin de l’humanisme supposé que l’on attend d’un certain « cinéma social ».
On pourrait facilement se rassurer de la brutalité du choc ressenti à sa vision, équivalent cinématographique d’un morceau de Hardcore craché comme un glaviot en plein face du spectateur, en se disant que tout ça est finalement gratuit, vain. Ce serait ignorer la singularité de la démarche de Mortier et passer outre la radicalité virtuose de son regard. Ce serait surtout ne pas vouloir voir le miroir extrêmement dur qu’il nous tend. Car aux creux de son récit ultra-compact, Mortier nous interroge : qui est le plus immoral ? Les pauvres idiots éructant leur haine du monde par manque de culture et de perspective ou bien l’artiste qui se sert d’eux pour son profit ? En tant que spectateurs, que cherchons-nous dans le spectacle de la misère ? Enfin, plus globalement, c’est bien sur le rôle social de cette misère, et sur les bénéfices de sa récupération que, très sarcastiquement, il nous questionne. La saleté et la fureur, ok… Mais dans notre société, qui est le plus sale ?

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