Mardi 5 mars - 20h45


Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7 euros ou ticket d'abonnement Utopia

MEN & CHICKEN


(Mænd og Høns)
Un film de Anders Thomas Jensen

Danemark, 2015, couleur, 1h44, VOSTF
Avec Mads Mikkelsen, David Dencik, Nikolaj Lie Kaas, Søren Malling, Nicolas Bro...

À la mort de leur père, Gabriel et Elias, deux frères antagonistes marqués par des disgrâces physiques, apprennent qu'ils ont été adoptés et que leur père biologique, Evelio Thanatos (sic), est un généticien pionnier dans la culture des cellules souches, qui vit reclus sur la petite île dépeuplée d’Ork, dans la péninsule danoise.
En allant à sa rencontre, Gabriel, professeur d’université, espère prouver qu’il n’a aucun lien de parenté avec Elias, dont le comportement ingérable repose sur ses seules pulsions. Sur place, ils découvrent qu’ils ont trois demi-frères, des dégénérés qui vivent en autarcie dans une vaste demeure décatie transformée en basse-cour et qui communiquent à grands coups de casserole sur la tête. Comment un scientifique a-t-il pu donner naissance à une telle fratrie ?

Des hommes et des poules. On conçoit que le titre du film n’ait pas été traduit en français, au risque de faire passer cette comédie très noire pour un documentaire animalier. En outre, « Des souris et des hommes » était déjà pris et n’avait aucun rapport avec les cobayes de laboratoire qui peuplent le dernier opus en date de Anders Thomas Jensen. Il aura fallu plus de dix ans au réalisateur danois pour repasser derrière une caméra, après LES BOUCHERS VERTS, comédie saignante qui l’aura fait connaitre au public international, et surtout le décapant ADAM’S APPLE qui enfonçait le clou de l’impertinence avec une galerie de personnages très haut perchés interprétés par ses acteurs fétiches (dont Mads Mikkelsen, excellant dans la métamorphose, de la farce à la tragédie). Dix années au cours desquelles Jensen s’est consacré à l’écriture de nombreux scénarios (parmi lesquels l’Oscarisé REVENGE de sa compatriote Susanne Bier en 2011) et à sa vie de famille, dont l’observation, curieusement, lui a donné la matière à cette adaptation très libre de L’ILE DU DOCTEUR MOREAU d’après H.G.Wells.
Sans doute, une banale scène de repas réunissant quatre enfants affamés et braillards peut paraitre apocalyptique pour le profane. Transposée sur un groupe d’adultes affranchis des règles élémentaires du savoir-vivre, on plonge en plein chaos. Jensen raconte que les premiers jours de tournage ont consisté pour les acteurs à se jeter des animaux empaillés et autres objets contondants à la tête. Si l’usage d’accessoires souples était censé limiter les blessures, l’acteur David Dencik, qui interprète le fluet Gabriel, après quatre jours de bastonnade, est allé demander au réalisateur de penser à tourner d’autres scènes… Ici, la violence, burlesque plutôt que brutale, résultant de comportements infantiles en réponse à des situations grotesques, produit des effets comiques dans un style proche de la farce.
L’humour noir de MEN & CHICKEN tient donc à la fois d’une écriture véritablement déjantée et du jeu très rythmé des acteurs dans la pure tradition du slapstick.
Il ne faudrait cependant pas réduire le film à un festival de torgnoles distribuées par des êtres affreux, sales et méchants dont la promiscuité avec une pléthore d’animaux de ferme encouragerait la bestialité. À distance du politiquement correct, le film déjoue toute tentative de procès pour discrimination qu’on lui a intenté, partageant à l’instar du FREAKS de Todd Browning une sympathie à l’égard de ses personnages excentriques. On peut aller jusqu’à dire qu’il revendique le droit à la différence dans une société danoise profondément marquée au début du XXème siècle par les questions de l’eugénisme et du darwinisme.
À l’heure où un scientifique chinois affirme avoir créé les premiers bébés génétiquement modifiés de l’histoire, MEN & CHICKEN, au-delà de son humour tapageur, porte un message inquiétant sur les conséquences de telles manipulations, soulevant la question de notre rapport à la vie et à nos origines.

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