DIMANCHE 22 MARS — 20H45
Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 7 euros ou ticket d'abonnement Utopia

ÂMES PERDUES
(Anima Persa)
Dino Risi
France-Italie / 1977 / coul / 1h40 / vostf
Avec Vittorio Gassman, Catherine Deneuve, Anicée Alvina…

Version restaurée

Tino, un jeune homme timide, est accueilli, le temps de ses études de peinture, par son oncle et sa tante, le sévère ingénieur Fabio Stolz et son épouse maladive, Elisa, dans leur vieux palazzo de Venise à la splendeur décatie. Le garçon découvre rapidement l’existence d’un hôte inconnu, présenté comme le frère de l’ingénieur, un ancien professeur de sciences naturelles devenu fou, qui mène, cloitré sous les combles, une vie purement végétative et animale. Par leurs demi-confidences, la tante et l’oncle excitent délibérément la curiosité de leur neveu, révélant petit à petit un secret scandaleux.

Dino Risi s’est fait la réputation, justifiée, d’être un des maîtres de la comédie à l’italienne, mais au cours de sa prolifique carrière, il a également signé quelques films à la marge et difficilement définissables, dont ces ÂMES PERDUES qu’il a co-écrit avec Bernardino Zapponi, fidèle collaborateur de Fellini et co-scénariste entre autres des FRISSONS DE L’ANGOISSE de Dario Argento.
Sans rompre avec les extravagances typiques des satires féroces de Risi, nous pénétrons dans un drame décadent, une sorte de mélo gothique, un conte de fées déviant se nourrissant de l’atmosphère particulière de Venise. La ville, cette « vieille femme à l’haleine fétide », s’impose au spectateur comme un lieu figé dans le passé, peuplé de fantômes, comme une nécropole rongée par la pourriture. Quant au palais délabré, labyrinthe aux escaliers secrets, aux corridors poussiéreux et aux pièces abandonnées, il devient le théâtre d’une curieuse et inquiétante tragédie bouffonne.
Le roman d’origine, écrit par Giovanni Arpino, également auteur de PARFUM DE FEMME que Risi a adapté avec succès en 1975, se situait à Turin. Le choix du décor vénitien déserté, entre canaux putrides et venelles lépreuses, dont l’envers ne vaut guère l’endroit (les égouts, l’asile d’aliénés, les tripots sordides), contribue pleinement à la dimension morbide du récit, frayant avec le thriller et le film d’angoisse.
Risi nous présente ainsi son film : « Nous voyons un homme qui vit deux vies différentes : une vie de jour et une vie de nuit, une vie intérieure et une vie extérieure, une vie qu’il mène selon les règles d’un certain type d’éducation (ici celle d’une vieille famille bourgeoise autrichienne) et son âme secrète, diabolique. Ce que j’ai souligné, et qui n’était qu’effleuré dans le livre, c’est la représentation de cette solitude noire, profonde et absolue d’un homme qui n’arrive pas à communiquer ». C’est Vittorio Gassman, fidèle compagnon de route du réalisateur, qui incarne l’ambivalente figure de l’ingénieur cultivé et cruel qui se donne constamment en spectacle, d’abord en privé puis dans sa participation à d’autres rites collectifs ou dans ses improvisations voire dans cette sorte d’usage consacré qu’est la dilapidation de la fortune de sa femme dans une salle de jeux clandestins. L’acteur, comme sorti d’un roman de Dostoïevski, jonglant avec la rationalité froide et répressive du bourgeois et la folie déchaînée, livre une prestation fascinante, démontrant par l’absurde l’entière vanité des apparences.
Quant à la diaphane Elisa interprétée par Catherine Deneuve, « belle de jour » rêveuse et un brin masochiste, elle semble échappée d’un film de Buñuel. L’insolite complicité qui lie les deux époux atteindra in fine une dimension cathartique, refermant la porte de la mystérieuse demeure sur un accord retrouvé au-delà du désespoir et de la folie.

Film annonce

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