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Jeudi 14 juin à 20h45


Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux
Tarif : 6,50 euros ou ticket d'abonnement Utopia

UNDER THE SKIN


Un film de Jonathan Glazer
Grande Bretagne, 2013, couleur, 1h48, VOSTF
Projection numérique


Avec Scarlett Johansson
D'après le roman éponyme de Michel Faber.
Musique de Mica Levi.

Dans les rues grises de Glasgow, sillonne une camionnette. À son bord, une jeune femme séduisante, apprêtée, accoste les hommes seuls qu’elle croise aux petites heures du jour ou de la nuit hivernale. Ceux qui répondent à son invitation, attirés dans son antre, subissent un sort funeste. Malgré ses atours, cette prédatrice n’est pas humaine. Sa mission sur Terre nous est inconnue. Représente-t-elle l’avant-garde d’une invasion extra-terrestre ? Fait-elle du désir des hommes son objet d’étude ? Transgressant son énigmatique routine, elle s'échappe hors de la ville, loin de la multitude, dans une errance en quête d'expériences qui la rapprocheraient de cette humanité dont elle a emprunté l'apparence.

Fruit de plusieurs années de gestation et d’élaboration technique, le troisième long métrage du britannique Jonathan Glazer (après SEXY BEAST en 2000 et l’admirable BIRTH en 2004) s’ouvre sur un postulat de film de science-fiction. La naissance abstraite d’une entité dans une nuit sidérale, la construction d’un œil assemblé en un ballet macrocosmique, le babil d’une voix métallique s’entrainant à prononcer des voyelles et un décor laiteux de pure lumière convoquent d’emblée la mémoire de 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE.
C’est cependant à une autre forme d’odyssée à laquelle nous convie Glazer, et la seule comparaison qui vaille avec Kubrick est le soin méticuleux à élaborer à la fois une pensée et un objet filmique véritablement non identifié, d’une grande sophistication sur le plan formel et sonore. UNDER THE SKIN se révèle finalement sans équivalent, s’affranchissant des référents et des codes du cinéma de genre. Il appartient à cette famille devenue rare de films presque mutiques qui ont la beauté des paysages sauvages.
De manière inédite, il nous offre le point de vue de l’alien sur notre monde, un regard vierge qui confronte les réactions humaines à la perception d’une créature s’interrogeant sur son altérité. De celle-ci, le réalisateur souligne qu’elle est « une force, une entité sans émotions, comme la mer », mêlant douceur et cruauté, incarnée magnifiquement par la magnétique Scarlett Johansson, qui, d’héroïne de blockbusters hollywoodiens à la sexualité affirmée, devient ici une figure illusionniste découvrant avec étonnement son enveloppe corporelle.
Le toucher procure le premier contact troublant entre deux formes de vie séparées par une mince et mystérieuse pellicule de chair au-delà de laquelle il s’agit de capter une essence. La quête d’humanité, de féminité, qui sont les nouvelles conditions de cet être, nous est rendue sensible au travers de traitements complexes et évocateurs, où les multiples expérimentations sur l’image et le son mènent à des moments de pure sidération. Par contraste, l’environnement urbain est restitué dans toute sa minéralité, et le recours à une caméra cachée pour capturer les scènes de rue confère une dimension réaliste qui rend plus menaçante encore l’intrusion d’un corps étranger dans la foule.
À la fois cérébral et à fleur de peau, UNDER THE SKIN bénéficie du jeu remarquable des acteurs, pour la plupart non professionnels, et de la musique minimale, quasi rituelle, de Mica Levi, fascinante rumeur constituée de cordes et de percussions semblant restituer de façon dissonante l’intériorité d’une créature solitaire, errant comme une somnambule sur une terre étrangère. Ce conte métaphysique est une pierre de touche du cinéma contemporain. Une œuvre d’atmosphère, épurée et immersive, d’une inquiétante beauté, qui s’adresse à l’imaginaire du spectateur disposé à se perdre, pour son plus grand plaisir.

Film annonce

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